Du 9 au 14 octobre 2026, le Centre pour la Santé et les Droits des Femmes (CSDF) a mené une campagne de dépistage volontaire et de fourniture de services intégrés de santé sexuelle et reproductive dans les aires de santé de Kimoka et de Mitumbala, dans la zone de santé de Kirotshe, territoire de Masisi, au Nord-Kivu. Réalisée dans le cadre du projet financé par l’AWDF, cette intervention ciblait les femmes et les filles déplacées, retournées et issues des communautés hôtes, particulièrement confrontées aux difficultés d’accès aux soins dans un contexte marqué par les conflits, les contraintes économiques, l’éloignement des structures sanitaires et la stigmatisation liée au dépistage.
Au total, 394 personnes ont été reçues et dépistées : 223 à Kimoka, les 9 et 10 octobre, et 171 à Mitumbala, les 13 et 14 octobre. Cette mobilisation témoigne de l’intérêt des communautés pour des services de proximité, notamment le dépistage du VIH, des infections sexuellement transmissibles (IST), de la syphilis et du diabète, ainsi que l’information et l’orientation en matière de santé sexuelle et reproductive.
Les résultats mettent également en évidence des besoins sanitaires considérables. À Kimoka, 186 cas d’IST ont été enregistrés, dont 177 chez les femmes et les filles et 9 chez les hommes et les garçons. Deux résultats positifs au VIH et six cas positifs à la syphilis ont également été rapportés. À Mitumbala, 101 cas d’IST ont été enregistrés, dont 99 chez les femmes et les filles et 2 chez deux hommes. 11 résultat positif au VIH et 46 cas positifs à la syphilis ont été rapportés. Ces résultats soulignent l’importance du dépistage volontaire, du conseil confidentiel et de l’orientation vers une prise en charge adaptée.
Cependant, l’affluence a dépassé les capacités prévues. À Kimoka comme à Mitumbala, l’insuffisance des médicaments destinés à la prise en charge des IST a limité la réponse aux besoins identifiés. Des lacunes ont également été constatées dans la disponibilité de certaines méthodes contraceptives et du petit matériel d’examen, notamment les outils de prélèvement d’urine à Mitumbala. Par ailleurs, 14 personnes présentant une glycémie supérieure à 125 mg/dl ont été identifiées sur les deux sites et nécessitent une orientation vers une structure sanitaire pour confirmation et suivi.
Selon les deux Infirmiers titulaires (IT) de Kimoka et de Mitumbala, cette activité de dépistage intervient après une interruption d’environ cinq ans. Cette longue période sans activité similaire contribue à expliquer l’engouement observé au sein de la communauté, avec une forte mobilisation des personnes venues volontairement se faire dépister. Cet intérêt manifeste traduit un besoin important d’accès aux services de dépistage, de prévention et de prise en charge des infections sexuellement transmissibles (IST), du VIH et d’autres problèmes de santé.
Face à ces constats, le CSDF appelle au renforcement des stocks de médicaments et de consommables, à la disponibilité des méthodes de planification familiale, au suivi des personnes présentant des résultats positifs et à l’intensification des sensibilisations communautaires. Les communautés de Mitumbala et celles de Kimoka ont notamment exprimé le souhait que les prochaines interventions couvrent l’ensemble des villages de leurs aires de santé.
Derrière ces 394 personnes dépistées, un constat s’impose : les besoins dépassent les ressources disponibles. Le CSDF réaffirme ainsi la nécessité d’un soutien accru pour garantir un accès équitable, confidentiel et continu aux services essentiels de santé sexuelle et reproductive pour les femmes et les filles affectées par les crises au Nord-Kivu.




