Monitoring de protection – Décembre 2025 : 807 violations des droits humains documentées dans 27 zones de santé de la province du Nord-Kivu, RDC
Au cours du mois de décembre 2025, la situation de protection dans la province du Nord-Kivu est demeurée fortement préoccupante, malgré une baisse globale de 8 % des violations par rapport au mois précédent. La poursuite des affrontements armés dans les territoires de Masisi, Rutshuru, Walikale et Lubero, combinée à une criminalité persistante dans les zones urbaines et périurbaines de Nyiragongo et Beni, a continué d’exposer les populations civiles à de graves violations des droits humains. Ces dynamiques sécuritaires ont entraîné des exactions répétées, des déplacements forcés et une fragilisation accrue des mécanismes communautaires de protection, en particulier dans les zones de retour. Le monitoring de protection a couvert 27 zones de santé à travers la province, documentant un total de 807 incidents individuels et communautaires. Les territoires de Masisi concentrent à eux seuls 52 % des violations recensées, confirmant leur statut d’épicentre de la crise de protection. Ils sont suivis par Beni avec 17 % et Rutshuru avec 12 %. L’amélioration de la couverture géographique, notamment dans le territoire de Walikale avec quatre zones de santé désormais suivies, a permis de mettre en évidence des risques de protection jusqu’alors sous-documentés, en particulier dans les zones isolées et difficiles d’accès. Les populations retournées demeurent les plus affectées et représentent 75 % des victimes recensées. Leur vulnérabilité est renforcée par l’insécurité persistante, la présence de restes explosifs de guerre et d’engins explosifs improvisés, ainsi que par les conflits liés à la terre, au pouvoir et aux ressources. En l’absence de mesures d’atténuation adéquates, ces facteurs compromettent sérieusement la durabilité des retours et augmentent le risque de nouvelles violations. Les violences sexuelles et basées sur le genre constituent une tendance particulièrement alarmante. En décembre 2025, 143 cas de VBG ont été documentés, soit une augmentation de 3 % par rapport à novembre. Parmi ces cas, 81 % sont des viols, confirmant la persistance d’une violence sexuelle systémique dans la province. Sur l’ensemble de l’année 2025, 1 241 cas de viol ont été recensés, représentant 11 % de toutes les violations enregistrées. Les femmes et les filles vivant dans les zones de conflit actif, de déplacement et de retour sont les plus exposées, tandis que la stigmatisation et la peur de représailles continuent d’alimenter une forte sous-déclaration. Les atteintes au droit à la vie et à l’intégrité physique restent également élevées. Le mois de décembre a enregistré 102 homicides, soit 30 % des violations liées à ce droit fondamental. Les hommes représentent 80 % des victimes, suivis des femmes à 16 % et des enfants à 4 %, illustrant l’impact direct et indirect du conflit armé et de la criminalité sur l’ensemble des composantes de la population. Les incidents les plus fréquents documentés au cours du mois sont les coups et blessures (20 %), les enlèvements ou disparitions forcées (20 %), les extorsions de biens (14 %) et les viols (10 %). Ces tendances s’inscrivent dans une continuité observée tout au long de l’année 2025, démontrant le caractère structurel de la crise de protection au Nord-Kivu. Dans les zones urbaines, notamment à Goma et dans ses périphéries, la criminalité armée demeure un facteur aggravant de vulnérabilité, affectant particulièrement les femmes déplacées et les ménages dirigés par des femmes, qui représentent une part importante des victimes féminines recensées. Cette situation met en évidence la nécessité d’intégrer pleinement la protection dans les réponses urbaines et multisectorielles. Face à ces constats, il apparaît urgent de renforcer la réponse de protection d’urgence, tout en investissant dans des actions de résilience et de cohésion sociale adaptées au contexte. Une attention prioritaire doit être accordée aux zones de retour, aux survivantes de violences sexuelles et aux populations déplacées et retournées, afin de réduire durablement les risques de protection, prévenir les violations récurrentes et soutenir des solutions sûres et dignes au Nord-Kivu.