Nord-Kivu : les femmes et les filles face à une crise sanitaire silencieuse aggravée par les VBG et le viol
Crise sécuritaire et 95 % de VBG liées au viol aggravent la santé des femmes et filles. Nord-Kivu, mai 2025 — La persistance de la violence armée dans les territoires de Rutshuru, Masisi, Lubero et les zones urbaines comme Goma continue de générer une crise de protection aux conséquences graves sur la santé physique, mentale et sexuelle des femmes et des jeunes filles. L’escalade des combats entre l’AFC/M23 et les groupes armés locaux, aggravée par l’insécurité dans les zones de retour, expose davantage les populations féminines à des violations graves de leurs droits fondamentaux. En mai 2025, le monitoring de protection a couvert 23 zones de santé. Nyiragongo et Beni restent les plus touchés avec chacun 21% des violations signalées, suivis par Masisi (17%) et Lubero (17%). Sur 406 cas de violations documentés, le viol constitue 5% des incidents, mais représente à lui seul 95% des cas de violences sexuelles basées sur le genre (VBG), confirmant une tendance inquiétante observée depuis le début de l’année. Ces violences s’inscrivent dans un contexte où l’accès aux services de santé sexuelle et reproductive est fortement compromis par l’insécurité, les déplacements forcés et la faiblesse des structures sanitaires. Les survivantes, souvent jeunes filles ou femmes retournées, sont confrontées à un triple fardeau : le traumatisme psychologique, le risque accru d’IST/MST et l’absence de réponse médicale ou judiciaire adéquate. Les femmes retournées représentent une catégorie hautement vulnérable, avec 183 violations enregistrées contre elles en mai, soit 45% des cas documentés ce mois-là. Leur situation est aggravée par les conflits liés à la terre (LTP), l’absence d’infrastructures de résilience, et la quasi-inexistence de services adaptés à leurs besoins spécifiques en santé reproductive. Le territoire de Nyiragongo est particulièrement alarmant, concentrant plus de 33% des homicides rapportés et un nombre élevé de cas de VBG. Malgré une légère baisse générale des violations par rapport à avril 2025, les violences ciblées contre les femmes et les filles demeurent constantes et sous-déclarées dans les zones en conflit et de retour. Face à cette situation, les acteurs humanitaires appellent à une réponse multisectorielle urgente, combinant cliniques mobiles, soutien psychosocial, distribution de kits de dignité et prise en charge post-viol. Il est également essentiel d’appliquer une approche sensible aux conflits, fondée sur le principe du « ne pas nuire », pour garantir que les interventions protègent réellement les droits des survivantes et favorisent leur résilience.