Au cours des mois d’avril et mai 2026, la province du Nord-Kivu a continué d’enregistrer une détérioration préoccupante de l’environnement de protection, marquée par la persistance des affrontements armés dans plusieurs territoires, notamment Masisi, Rutshuru, Lubero, Walikale ainsi que dans les zones de Nyiragongo et Beni. La multiplication des acteurs armés, les dynamiques de contrôle territorial et les rivalités entre groupes continuent de réduire considérablement l’espace de protection des populations civiles. Les communautés évoluent dans un contexte de violence prolongée où les déplacements répétés, l’insécurité chronique et l’affaiblissement des mécanismes communautaires de protection fragilisent davantage leur résilience.
Les données du monitoring de protection montrent une tendance particulièrement préoccupante : certaines violations graves contre les civils deviennent récurrentes et semblent progressivement s’inscrire dans une dynamique de normalisation. Durant cette période, les activités de monitoring ont couvert 29 zones de santé à travers la province, avec une couverture supérieure à la moyenne observée en 2025, malgré certaines limitations dans des localités de Butembo liées aux capacités opérationnelles réduites des acteurs présents.
Le territoire de Masisi demeure l’épicentre des incidents de protection, représentant à lui seul 45 % des violations documentées, suivi par Rutshuru et Nyiragongo. Cette concentration des incidents est principalement liée à la poursuite des affrontements, aux changements fréquents de contrôle territorial, aux accusations de collaboration avec des groupes rivaux, à l’insécurité sur les axes routiers et aux mouvements continus de populations déplacées et retournées.
Au total, 2 566 allégations de violations et abus ont été documentées au cours de la période, soit une augmentation de 2 % par rapport aux trois mois précédents. Les enlèvements et disparitions forcées constituent la catégorie la plus signalée avec 19,5 %, suivis des coups et blessures (19,3 %) et des pillages (14,1 %). Ces violations affectent directement les moyens de survie des ménages et renforcent la vulnérabilité économique des familles déjà fragilisées par des déplacements répétés. Les enlèvements sont fréquemment associés aux demandes de rançon, aux représailles ou aux accusations de soutien à des groupes opposés.
Les atteintes au droit à la vie ont également connu une augmentation alarmante. Au total, 276 cas d’homicides ont été enregistrés, soit une hausse de 86 % comparativement aux trois mois précédents, représentant 34 % des violations contre le droit à la vie et à l’intégrité physique. Ces incidents surviennent souvent lors d’incursions armées, d’embuscades ou d’actes de représailles ciblées.
Les femmes, les jeunes filles et les enfants demeurent parmi les groupes les plus affectés. Au total, 234 allégations de violences basées sur le genre ont été enregistrées, dont 177 cas de viol, représentant près de 76 % des cas signalés. Les risques augmentent lors des déplacements vers les champs, les points d’eau ou les marchés, ainsi que dans les sites de déplacement insuffisamment sécurisés. Les enfants restent également fortement exposés aux conséquences de l’insécurité, notamment à travers les séparations familiales, l’interruption de la scolarité, l’exploitation et diverses formes d’abus. Les populations retournées demeurent les principales victimes, représentant 71 % des personnes affectées avec 1 697 violations documentées, illustrant la fragilité des conditions de retour et la persistance des déplacements cycliques au Nord-Kivu.




